Conquistador

Séverine Cornamusaz

2019 | Comédie dramatique, Long métrage de fiction

Durée: 90min

Adapté de la chronique éponyme de Florence Grivel, Conquistador relate l’histoire d’Etienne, un jeune homme au bord d’un précipice social et financier, et de Virginia, sa curatrice, elle-même au prise avec un handicap de taille pour mener à bien sa mission : une forte empathie pour l’humain alors que sa fonction exige une approche purement administrative.
 
Synopsis
Lausanne. Virginia (38 ans), coiffure stricte, regard perçant et déterminé, est prof d’auto-école, un peu sèche et tranchante certes, mais surtout partiale envers les beaux clients qu’elle convoite. Car sa vie affective est un échec permanent, elle qui a pourtant tant d’amour à donner, peut-être trop d’ailleurs, ce qui fait fuir tous les prétendants potentiels. Pour combler ce vide, elle s’est inscrite au service des curatelles du canton de Vaud afin de devenir curatrice volontaire. Elle se sent prête à remettre un jeune dans le droit chemin. Elle n’a pas la prétention de vouloir sauver la terre entière, mais juste offrir une épaule solide à quelqu’un en manque de repères.
Ayant suivi tous les cours requis, on lui attribue enfin un pupille qui a déjà poussé deux curateurs au bord de la dépression. Etienne dit Esteban pour les intimes, la vingtaine, au chômage et quelques milliers de francs de dettes au compteur… ha, et un petit séjour en psychiatrie ! Enfin, un vrai défi pour Virginia ! Cet orphelin argentin de deux mètres a été adopté avec sa soeur par un couple suisse en mal d’enfants. De retour à Lausanne, après plusieurs années à l’étranger, la famille Meuricoffre s’installe dans une somptueuse propriété au bord du Lac Léman. Ce déracinement sera le révélateur d’un conflit entre le fils et le père adoptifs. Le paternel, homme en apparence flegme et pondéré, est convaincu qu’Etienne est responsable des « fluctuations psychiques » de sa femme, et lui interdit de la voir malgré leur relation fusionnelle. Le banquier nourrit une jalousie secrète contre ce fils fantasque, roublard, charmeur, manipulateur et touchant malgré tout.
La première rencontre entre Virginia et Etienne est pour le moins décalée, entre cette femme qui se targue d’avoir une autorité naturelle, tout ce que le jeune homme ne supporte pas… mais bon, il est finalement contraint de faire profil bas puisque que son père lui a coupé les vivres, d’autant qu’il est menacé d’un internement définitif en hôpital psychiatrique suite à une autre de ses « extravagances » surréalistes dont il a le secret et surtout dont il ne se prive pas. Malgré tous les efforts de Virginia, Etienne continue à flamber et à faire les 400 coups comme s’il était toujours sous le toit familial. Sans véritable modèle tutélaire, sauf peut-être son ami Gérard, un cannabiculteur valaisan excentrique et libre penseur, Etienne se comporte en jouisseur impénitent et despotique, au grand dam de sa curatrice qui essaie tant bien que mal de remettre de l’ordre dans sa vie.
La relation entre Virginia et Esteban est en dents de scie, mais la volontaire curatrice n’abdique pas pour autant. Elle va même jusqu’à négocier un accord à l’amiable pour plusieurs têtes de cannabis volées par son pupille à la ferme de Gérard. Contre toute attente, le cannabiculteur a le coup de foudre pour Virginia, qui est littéralement répugnée par son look ringard. Pugnace, Gérard ne lâche pas sa proie… et Virginia doit ruser pour échapper à ses assiduités amoureuses.
Lors d’une soirée au centre culturel argentin pour l’anniversaire de sa mère adoptive, Etienne croise un ami boxeur à la gueule cassée qui échappe aux contrôles anti-dopage grâce au cannabis à faible teneur en THC. Du coup, il plante une graine dans l’imagination féconde d’Etienne. Un projet qui fera inexorablement son chemin vers une possible résilience économique et sociale. Mais pour que ce « rêve » aboutisse il lui faut l’aide de Gérard.
Un pétard de réflexion plus tard, l’ardent défenseur des droits fondamentaux du plaisir récréatif et écologique lui donnera son accord.
4
La curatelle suit sa trajectoire chaotique aux rebondissements inattendus. Virginia s’accroche à ses principes et il est hors de question qu’elle se laisse désarçonner par cette monture rétive. Mais suite à une expérience « chamanique » que lui propose Esteban, Virginia perd pied… et, rendue confuse par trop d’effluves hormono-psychédéliques, se croit enceinte. Esteban a peut-être tous les défauts du monde, mais il lui jure qu’ils n’ont rien fait dans la tente de suddation et qu’il n’est pas un violeur de vieilles filles. C’est alors que l’astucieux Gérard offre un cadeau à Virginia qui arrive à point nommé : un week-end Dolce Vita aux Bains d’Ovronnaz. Epuisée par son pupille qui est toujours aussi rebelle et imprévisible, Virginia accepte sans se douter que le Gérard relooké l’y rejoindra. C’est alors que la résistance de Virginia s’effrite avec une urgence inattendue et libératrice.
Au retour de son week-end érotico-passionnel, un appel désespéré d’Esteban, qui exige encore de l’argent suite à une violente crise de dents de sagesse - chez un dentiste évidemment hors de prix -, provoquera une colère froide et justifiée lorsqu’elle apprend que son père adoptif possède la banque Meuricoffre. Cette fois, c’en est trop ! Mais avant de démissionner, elle doit jouer sa dernière carte en faisant crever l’abcès qui ronge le coeur d’Esteban : forcer la confrontation père/fils. Mais le jeune Conquistador esquive et préfère se réfugier dans les bras de sa mère, laissant Virginia se battre bec et ongles contre le dragon. Tel Saint-Georges, elle parviendra à porter l’estocade et à effacer non seulement les dettes d’Esteban mais à démasquer la turpitude du banquier.
Lors du lancement de leur audacieux projet de vente de cannabis à faible teneur en THC en ligne, Etienne et Gérard touchent enfin au Graal. Non seulement l’orphelin entrevoit la fortune espérée et la reconnaissance sociale tant désirée, mais Virginia a également trouvé la paix du coeur et du corps dans les bras de l’homme de sa vie. Une fête délirante qui se termine évidemment sous « influence » ! Comme quoi les marginaux ont une place prépondérante au coeur du tissu social…