Vatican III

2021 | Long métrage de fiction

Durée: 90min

FRÈRE BABELAY est un religieux fribourgeois en poste à la curie romaine. Sorti du séminaire en Suisse romande, cet homme entre deux âges a rejoint l’administration centrale de l’Église catholique dès son ordination, sans avoir jamais exercé la prêtrise.
Rouage consciencieux mais peu élevé dans la hiérarchie du Vatican, il est un élément apprécié par son dévouement et sa discrétion. Son ambition se résume à son désir de demeurer à son poste et de servir sincèrement l’Église selon ses moyens. Il joue occasionnellement aux échecs avec le PAPE BONIFACE X qui l’apprécie sans pour autant avoir fait de Babelay un de ses confidents.
Boniface X est un pape à la fois plein d’allant et de réflexion. Ni moderne ni réactionnaire, il s’efforce de trouver une place et de dessiner un futur pour l’Église catholique dans le monde défiant du XXIème siècle. Il s’est accommodé des critiques constantes de son action, qu’elle soit traditionnelle ou réformiste. Boniface X a le cuir épais.
L’unique – et vertigineux – problème de Boniface X réside dans le silence divin.
Malgré toute sa bonne volonté, ses prières et la profession déterminée de sa foi, Dieu – dont il pouvait accepter le mutisme tant qu’il n’était qu’évêque — ne s’est toujours pas adressé clairement à lui depuis qu’il est devenu pape. Pour combler ce vide vertigineux, il interprète secrètement les signes que la Nature lui envoie. La forme particulière d’un nuage pendant un orage ou le comportement singulier d’un animal sont interprétés par le pontife comme des messages — obtus certes mais d’ordre divin — qui lui sont personnellement adressés.
C’est ainsi, en mettant bout à bout des « manifestations divines » qui échappent au commun des mortels, qu’il charge Babelay de retourner à Fribourg pour une mission confidentielle. Babelay est convaincu que le pape l’envoie sur le terrain pour faire remonter à Rome ce que la base pense du mariage des prêtres. Ce n’est que bien plus tard que Babelay réalisera que sa mission est d’une tout autre importance, pour lui, pour Boniface X... et pour l’Église catholique tout entière.
Babelay est accueilli à Fribourg par l’évêque BERNARDOT. Frère Babelay, maladroit, trahit sa promesse de confidentialité et lui apprend qu’il a été chargé par le pape de prendre la température d’un diocèse comme un autre sur la question de l’ordination de prêtres mariés. L’évêque est un fin connaisseur du paysage romain et il soupçonne que cette mission d’information cache quelque chose de bien plus important – sans doute à l’insu de frère Babelay.
Monseigneur Bernardot interprète (pour des bonnes raisons qu’on ne détaillera pas ici) l’enquête de l’innocent Babelay comme l’annonce d’une reprise en main de la doctrine de l’Église. Monseigneur Bernardot s’empresse d’assurer Babelay de tout son soutien. Un soutien pas du tout désintéressé, comme on va le voir.
En effet, frère Babelay va vite comprendre que le diocèse qu’il a quitté au lendemain de son ordination n’est pas un diocèse comme un autre sur la question du mariage des prêtres. L’évêque a rendu le thème complètement tabou depuis qu’il a exclu une poignée d’hommes d’église et de religieuses qui avaient osé demander à l’évêché de faire un geste envers les prêtres sortis des rails (en couple, avec enfants, etc.). À l’abri des regards extérieurs, en particulier de l’attention médiatique, le silence s’est imposé sur le sujet dans tout l’évêché. Silence accompagné d’une action discrète et opiniâtre menée personnellement par l’évêque pour démasquer ceux qui se seraient égarés.
Monseigneur Bernardot a développé une méthode particulière pour tenter de faire revenir les contestataires dans le droit chemin.
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Ceux qui sont pris la main dans le sac sont conduits en pleine nature et doivent rentrer par leurs propres moyens, au terme d’une mise à l’épreuve qui s’apparente autant à un exercice de survie qu’à un chemin de croix. Après plusieurs jours à l’écart de la civilisation, les fautifs ont suffisamment éprouvé les conséquences de leurs actes pour décider s’ils renoncent définitivement au péché ou s’ils préfèrent persévérer en en payant le prix (exclusion, honte, perte de statut social et de revenu).
Frère Babelay a le plus grand mal à accomplir sa tâche. Il suffit qu’il évoque le sujet pour qu’on le soupçonne d’être au service de la purge voulue par l’évêque, sans compter que son retour étonnant à Fribourg ravive des non-dits et les frictions provoqués par sa fuite à Rome et son éloignement volontaire. À chaque fois qu’il pose la question pour/contre le mariage des prêtres – de manière détournée parce ce qu’il essaie de maintenir le secret de sa mission – personne ne veut rien lui dire.
Ou alors ce ne sont que des avis défavorables. Frère Babelay n’est pas dupe. Il sent que les réponses (une quasi-unanimité de « contre ») ne reflètent pas la diversité des opinions. Même au Vatican les avis sont moins tranchés !
D’anciens collègues de séminaire finissent par lui faire comprendre du bout des lèvres les raisons de son impasse. Forçant sa nature débonnaire, frère Babelay décide de pousser son enquête plus loin. Il met en place des stratagèmes pour obtenir des réponses sincères, rentre en contact avec une organisation clandestine de prêtres mariés sous le manteau... Un véritable jeu du chat et de la souris : frère Babelay doit faire preuve de beaucoup de créativité pour tromper la vigilance des autorités diocésaines qui comptent bien profiter de son zèle pour démasquer de nouveaux coupables.
Frère Babelay revient au Vatican avec les résultats de son « sondage » dont les résultats ont été rééquilibrés par ses efforts et ses recherches clandestines. Il s’est vraiment donné corps et âme à la mission qui lui avait été confiée. Mais le pape n’est pas satisfait. Non seulement frère Babelay n’a pu recueillir l’opinion que d’une partie des religieux fribourgeois, mais en plus les résultats sont partagés... Le successeur de Saint-Pierre a besoin d’un chiffre exact ! Pour convaincre frère
Babelay qui regimbe, Boniface finit par révéler qu’il a interrogé Dieu pour savoir s’il devait autoriser le mariage des prêtres... et que Dieu lui a dit... que la réponse à sa question se trouvait dans le canton de Fribourg. La réponse, pas un sondage avec une marge d’erreur !
Babelay est déconcerté. Surtout lorsqu’il apprend comment le pape et Dieu communiquent. Il y a des détails qu’il vaudrait mieux ne pas connaître... à plus forte raison si on veut garder la foi. Une foi déjà rudement mise à l’épreuve par l’époque et par les mille arrangements que frère Babelay a conclus avec sa conscience, arrangements dissimulés derrière une vie au service de l’Église.
Mais la question est trop importante pour Boniface X. Que frère Babelay y croie ou pas, peu importe : il lui faut une réponse, un chiffre, le chiffre ! Impossible, répond le Fribourgeois. Cela voudrait dire interroger les curés grabataires en maison de retraite et retrouver les quatre prêtres dont on est sans nouvelles depuis qu’ils ont été perdus en pleine nature par monseigneur Bernardot. Sans compter la poignée de religieux qui refusent absolument d’évoquer le sujet. Il faudrait un miracle !
Poussé dans ses retranchements, Boniface X décide de payer de sa personne et d’accompagner incognito frère Babelay à Fribourg. Le temps d’un week-end papal (lundi mardi) haletant, les deux hommes vont remuer ciel et terre afin de recueillir les paroles manquantes et tenter de percer les intentions du Très-Haut.